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 laisser penser! 

La Belle endormie

Le Paysage de la Vallée des Peintres

25/03/2015

De l’intérêt pour un « Paysage de la Vallée des Peintres »

 

Le choix de la dénomination « Vallée des peintres entre Berry et Limousin » fait suite au travail de l’historien d’art Christophe Rameix. Ce nom attractif n’est évidemment pas suffisant: il faut trouver sur le territoire ce qu’on vient y chercher. Le tourisme lié à la peinture impressionniste n’existe pas réellement aujourd’hui sur le territoire, notamment parce que les peintures réalisées à l’époque ne sont pas la propriété des deux départements concernés. Afin de défendre cette dénomination, elle devra émerger dans le processus d’affirmation et de valorisation du Paysage.

 

« La Vallée des Peintres » attise notre curiosité.  Elle permet d’associer l’enjeu touristique clairement assumé du titre à une recherche en paysage. En effet, dans un premier temps, la «vallée de la Creuse» est caractérisée par une dépression géographique importante, qui constitue un ensemble paysager remarquable tant d’un point de vue géomorphologique, qu’environnemental.

« Les peintres », quant à eux, donnent une dimension poétique à la vallée par leurs créations. Ils révèlent une Histoire riche, une culture intimement liée à cet élément géographique qui nous offre de la regarder autrement. 

La rencontre de ces deux contextes, géographique et historique, nous permet d’imaginer une vallée établie dans l’espace et dans le temps. La question du paysage intervient alors: 

 

« La Vallée des Peintres » existe par son nom mais « Le Paysage de la Vallée des Peintres » existe-t’il ?

La peinture de Paysage rencontre le réel

 

Lors de notre excursion dans la vallée, notre première surprise a été de constater qu’il est souvent difficile de la border. On s’en approche, et, aussi vite, on la perd de vue! Depuis la route, on apprécie le plateau agricole et ce qu’il reste du bocage, mais la vallée est difficilement perceptible. Parfois le relief au loin nous donne des indices, parfois le plateau bascule brusquement et la vallée se montre. Mais le sentiment paysager de vallée semble dissolu, impalpable et amène même à une déception de celui qui aimerait la saisir.

De plus, nous constatons très clairement, à la rencontre du terrain, que les paysages actuels n’ont plus rien de comparables avec les paysages peints et photographiés de l’époque. Le paysage que les artistes venaient en grand nombre trouver ici, n’existe plus aujourd’hui. Les étendues de lande rase sont désormais des boisements denses, ces pentes minérales offraient un rapport tactile à la roche: elles sont aujourd’hui recouvertes. La vallée autrefois habitée, fréquentée, utilisée à des fins agricoles, a retrouvé un caractère sauvage. À l’époque, le cours de la rivière exhibait une eau tumultueuse et des moulins qui en tiraient parti. A présent les nombreux barrages ont lissé ce cours, l’eau est plus calme, son niveau plus élevé... Les usages de ce territoire rural ont évolué: il est impossible de retrouver ces paysages du début du 20° siècle. Le paysage, dans sa définition même, est en constante mutation, il est le reflet de nos manières d’habiter: il ne serait nullement souhaitable de tenter de recréer un décor. 

Dès lors, de quelle manière utiliser la peinture impressionniste pour valoriser le paysage de la vallée d’aujourd’hui?

 

 

Le terme «paysage» est d’abord une notion artistique, il naît avec la peinture. L’action de peindre une portion de territoire a permis d’admettre que l’homme portait un regard sur son espace environnant et que cette perception était le cœur même du Paysage. Nous nous intéressons alors à ce que la peinture nous "dit" du paysage. Ce qui nous interpelle dans ces tableaux de la vallée, c’est la manière dont un même paysage peut être regardé de différentes façons. Par l’analyse de la perception des peintres, ces tableaux pourraient être des outils vers des projets pour le territoire. Plus que les éléments peints, nous souhaitons analyser les regards portés sur le paysage de la vallée, les attitudes adoptées face à ces sites. Cette interprétation permettra d’établir un lien entre le paysage d’hier et celui que nous avons sous les yeux aujourd’hui pour définir quels nouveaux rapports à la vallée sont à créer.

 

Prenons l’exemple du barrage d’Éguzon qui semble répondre à ces deux enjeux : assumer l’évolution du paysage et redonner le sentiment paysager de la Vallée des Peintres.

En aval, le barrage se dresse dans toute sa verticalité. Ce mur sombre de 40 mètres de hauteur fait surgir la rivière en contrebas. En amont, depuis les hauteurs des versants, le barrage se présente comme une ligne horizontale qui a calmé la rivière et à créé une immense étendue d’eau lisse qui se répercute sur les méandres suivants. Cette configuration spatiale, qui permet plusieurs points de vues sur le barrage et la rivière, rend lisible de manière sensible les modifications du paysage. Depuis sa construction en 1926, le barrage a considérablement changé le rapport de proportion à la vallée: nous pouvons comprendre l’impact de cette retenue d’eau qui l'a noyée. Des aménagements en place, différents points de vue sur un site ou des motifs paysagers permettent de comprendre l’évolution d’un paysage et de restituer l’émotion d’un tel changement. Depuis le bas, le haut, la rive droite, ou la rive gauche, le proche ou le lointain, les perceptions sont diverses et peuvent être prises en compte dans le dessin de projet pour influer sur les sensations multiples au contact de la vallée.

En Conclusion

 

Selon la Convention européenne, le terme «Paysage désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations.» 

Sur la base de cette définition, partagée par tous les pays européens, nous interprétons la notion de paysage comme résultante des perceptions émanant des lieux sans être réduite à l’espace concret du territoire. Le paysage, notion propre à l’homme, s’épanouit lors de sa rencontre sensible avec les lieux et les «présences» qui les animent. Il est donc un espace qui émeut l’homme par interprétation de ce qui est donné à voir et à ressentir, immédiatement ou en différé, par l’entremise de la mémoire et de l’imaginaire. Il n’y a donc pas un paysage spécifique pour chaque espace car un espace peut être perçu par différentes personnes et donc révéler plusieurs paysages.

Chaque partie de territoire peut être interprétée selon divers regards. Les peintres Impressionnistes aussi différents que Corot, Guillaumin, Picabia, ou Monnet ont ressenti et exprimé des paysages aussi variés que leurs regards. Il y a donc autant de paysages possibles de la Vallée de la Creuse qu’il y a de peintres et de visiteurs.

Dans la perspective d’un territoire à fort attrait touristique, le Paysage de la Vallée des Peintres doit être accessible et perceptible par chacun.